Depuis quelques années, depuis qu'Halloween a fait son apparition chez nous, certaines personnes veulent remplacer cette fête par celle de Grand Mère Kal... légende de la Réunion.... Moi même je me rappelle quand j'étais petite avoir été effrayée par cette histoire.
C’était aux temps sombres de l’esclavage . Il y avait de bons maîtres, mais il y en avait aussi de biens méchants. Dans une famille de l’Ouest vivait une esclave, Kalla.Allez savoir ce qui se passa : le maître n’a jamais parlé
quant à Kalla… . Certains disent qu’elle était battue, d’autres
qu’elle avait volé, d’autres encore qu’une histoire d’amour avait foudroyé
sa vie, d’autres enfin que son fils lui avait été volé
par le maître et vendu à un autre propriétaire. C’était
hélas une chose courante en ce temps-là, un esclave était
comme un meuble, un animal, on en faisait ce qu’on en voulait.
Toujours est-il que la vieille Kalla disparut. certains disent qu’elle s’est pendue,d’autres qu’elle s’est jetée dans le Gouffre près de l’Étang-Salé, où la mer gronde si fort. Mais s’il fallait croire tout ce que les gens disent….A cette époque, les voyageurs commencèrent à rapporter
d’étranges phénomènes : quand ils s’étaient laissés surprendre par la nuit, dans l’Ouest, ils entendaient comme une voix, ou alors ils apercevaient des lumières dans la montagne ; certains affirmaient même qu’ils avaient vu une vieille femme noire, au détour du chemin? Il s’en trouva enfin pour jurer qu’elle était à cheval sur un manche à balai ! Toutes les histoires possibles et imaginables couraient la montagne. Les experts, car il y a toujours un expert pour donner un avis définitif sur ce genre de phénomène expliquaient que ces étrangetés ne pouvaient être dues qu’à une âme errante. On avait retrouvé des voyageurs détroussés
de leurs bagages et de leurs habits, tournant comme des canards au milieu du chemin, on avait récupéré un enfant vert de peur dans
le fossé où il s’était caché toute la nuit, on entendait surtout des chaboulement* de galets sur le toit des maisons les nuits de pleine lune. Et la plupart des victimes tombaient d’accord pour dire qu’elles avaient entendu, un grand cri, comme un croassement, qui déchirait
le silence : - Kalla ! Kalla !
Les savants ,car il y a toujours un savant pour contredire ce qu’affirment
les experts ,eurent beau expliquer que cela ressemblait à l’appel d’un
oiseau de mer nocturne, personne ne voulu les croire : la légende de
gran mèr Kal, morte sans sépulture ombre de malheur sur toute
la côte Ouest, était bien plus excitante… .
Gran mèr Kal sévit durant des années. Dieu sait combien
de voleurs et de farceurs profitèrent de la légende. un colporteur
attardé par sa clientèle était dévalisé
au détour de la pente Crève-Cœur ? C’était gran mèr
Kal ! Une jeune fille perdait son innocence au coin d’un buisson ? Encore
un coup de gran mèr Kal ! Le vil séducteur de cette malheureuse
enfant était rossé de coups de bâtons par le père
furibond au détour du même buisson, le soir suivant ? Toujours
gran mèr Kal !Bien sûr, il y avait de vrais mystères,
des lumières inexplicables, des bruits étranges, des frôlements
dans la pénombre, comme il y en a dans toutes les campagnes. Et les
mamans, pour inciter les enfants à être sages, avaient pris l’habitude
de leur dire : Reste tranquille sinon j’appelle gran mèr Kal !
Et puis un jour, quelqu’un en
eut assez. C’était peut-être un colporteur qui était fatigué
de se faire détrousser sans que les gendarmes ne fassent rien. Ou un
amoureux las de recevoir des coups de bâton, allez savoir. Toujours
est-il que cet homme eut l'audace que d’autres n’avaient pas : il entama de
longues recherches pour retrouver les restes de gran mèr Kal.Les gens
racontent qu’il les dénicha finalement au fond d’un gouffre, qu’il
n’eut pas peur d’aller les retirer du trou et qu’il les fit enterrer en terre
chrétienne, avec prières et cérémonies. Certains se montrent encore le tombeau, sous le plus beau flamboyant de la côte Ouest, et ne manquent jamais d’y déposer une fleur, quand ils passent par là, pour apaiser l’âme de la malheureuse.Mais d’autres gens disent que gran mèr Kal hante toujours les pentes de l’Ouest et que si on l’entend moins depuis quelque temps c’est parce qu’on fait trop de bruits avec nos télévisions et nos automobiles. D’ailleurs, dans bien des lits encore, à La Réunion, bon nombre d’enfants et même de grandes personnes tremblent en se disant : “Pourvu que gran mèr Kal ne vienne pas me chercher cette nuit !”.
* Chabouler, à La Réunion,
est un terme créole qui signifie “lancer des pierres” ; il semble qu’il
provient d’un vieux mot normand, “sabouler”.
D'après
le livre de : Daniel Vaxelaire, "15 contes de l'Océan Indien
L'année dernière, la commune de Saint-Paul a fêté dignement "GRAND MÈRE KAL",
Une autre légende de GrandMère Kal
Après la disparition de son petit-fils Tikala, grand-mèr Kal, une esclave qui savait guérir, quitte Mahavel mystérieusement. Dès lors, il se passa dans les montagnes de l'île Bourbon de drôles de choses. On dit que Kalla (le nom donné à grand-mèr Kal) erre dans les sentiers
et sur les chemins isolés.
Elle porterait toujours une petite lampe dont la flamme vacillante effraie ceux qui se hasardent, dans le fénoir, hors de leur demeure. On raconte aussi qu'à minuit tombante, grand-mèr Kal, guidée par chat'marron, commence une folle randonnée, sur les hautes pentes à la recherche de son Tikala. Ceux qui l'ont vue disent qu'elle se déplace à une allure vertigineuse sur un "ballier" en paille de coco.
Des gramounes racontent que si par malheur on la croise, il faut crier "Tou ou out !" trois fois. Car seule "bébête tout"peut la faire reculer. Un texte très ancien prétend que, si à minuit on trouve grand-mèr Kal assise sur un galet, face à Tikala et conversant avec lui, elle peut guérir de tous les maux
ou livrer le lieu de son trésor.
Création imaginaire des gramounes, expression de nos craintes
enfantines, incarnation du mal aux douze coups de minuit, sorcière venue de la nuit des temps, grand-mèr Kal terrifie encore petits et grands enfants. En dehors de minuit, la mamie de Tikala est décrite comme une merveilleuse sorcière qui abreuve les enfants d'histoires étranges et de
potions magiques. Aux plus sages, Kalla offrira des délicieux bonbons.
Un jeu réunionnais s'en d'ailleurs inspiré : Un enfant joue le rôle de Grand Mère Kal, on lui bande les yeux et les enfants lui demande "Grand Mère Kal, kèl heur i lé ?". Puis grand Mère Kal répond l'heure qu'elle veut. Tant qu'il n'est pas trop tard sava, mais si elle répond minuit, alors elle cours sur un des enfants et celui qu'elle attrape devient Gand Mère Kal.
Voici sa berceuse : "Dodo ma minette, l'enfant de janette, si ma
mimette y dodo pas, chat'marron va souk a elle"
Voici Grand Mère Kal (l'histoire) vue par des enfants lors d'un concours de dessin






J'espère vous faire connaître un peu mieux mon ile et son histoire.