*— Elle devait être tout à fait femme quand elle quitta sa tribu, dis-je. Quelle est sa manière de voir en affaire de religion ? Tient-elle du côté de son père ou de celui de sa mère ?
— Nous ne soulevons jamais cette question, répondit mon ami. Entre nous, je ne la crois pas très orthodoxe. Sa mère était sans doute une femme de mérite. Outre qu'elle lui a appris l'anglais, elle se connaît assez bien en littérature française et elle joue d'une façon remarquable. Tenez, écoutez-la.
Comme il parlait, le son d'un piano se fit entendre dans la pièce voisine, et nous nous tûmes pour écouter.
Tout d'abord la musicienne piqua quelques touches isolées, comme si elle se demandait s'il fallait continuer.
Puis, ce furent des bruits sonores, discordants, et soudain de ce chaos sortit enfin une harmonie puissante, étrange, barbare, avec des sonorités de trompette, des éclats de cymbales.
Et le jeu devenant de plus en plus énergique, devint une mélodie fougueuse, qui finit par s'atténuer et s'éteindre en un bruit désordonné comme au début.
Puis, nous entendîmes le piano se refermer, et la musique cessa.
— Elle fait ainsi tous les soirs, remarqua mon ami. C'est quelque souvenir de l'Inde, à ce que je suppose. Pittoresque, ne trouvez-vous pas ? Maintenant ne vous attardez pas ici plus longtemps que vous ne voudriez. Votre chambre est prête, dès que vous voudrez vous mettre au travail.
Je pris mon compagnon au mot, et le laissai avec son oncle et Copperthorne qui étaient revenus dans la pièce.
Je montai chez moi et étudiai pendant deux heures la législation médicale.
Je me figurais que ce jour-là je ne verrais plus aucun des habitants de Dunkelhwaite, mais je me trompais, car vers dix heures l'oncle Jérémie montra sa petite tête rougeaude dans la chambre.
— Etes-vous bien logé à votre aise ? demanda-t-il.
— Tout est pour le mieux, je vous remercie, répondis-je.
— Tenez bon. Serez sûr de réussir, dit-il en son langage sautillant. Bonne nuit.
— Bonne nuit, répondis-je.
— Bonne nuit, dit une autre voix venant du corridor.
Je m'avançai pour voir, et j'aperçus la haute silhouette du secrétaire qui glissait à la suite du vieillard comme une ombre noire et démesurée.
Je retournai à mon bureau et travaillai encore une heure.
Puis je me couchai, et je fus quelque temps avant de m'endormir, en songeant à la singulière maisonnée dont j'allais faire partie.
III
Le lendemain je fus sur pied de bonne heure et me rendis sur la pelouse, où je trouvai miss Warrender occupée à cueillir des primevères, dont elle faisait un petit bouquet pour orner la table au déjeuner.
Je fus près d'elle avant qu'elle me vit et ne pus m'empêcher d'admirer sa beauté et sa souplesse pendant qu'elle se baissait pour cueillir les fleurs.
Il y avait dans le moindre de ses mouvements une grâce féline que je ne me rappelais avoir vue chez aucune femme.
Je me ressouvins des paroles de Thurston au sujet de l'impression qu'elle avait produite sur le secrétaire, et je n'en fus plus surpris.
En entendant mon pas, elle se redressa, et tourna vers moi sa belle et sombre figure.
— Bonjour, miss Warrender, dis-je. Vous êtes matinale comme moi.
— Oui, répondit-elle, j'ai toujours eu l'habitude de me lever avec le jour.
— Quel tableau étrange et sauvage ! remarquai-je en promenant mon regard sur la vaste étendue des landes. Je suis un étranger comme vous-même dans ce pays. Comment le trouvez-vous ?
— Je ne l'aime pas, dit-elle franchement. Je le déteste. C'est froid, terne, misérable. Regardez cela, et elle leva son bouquet de primevères, voilà ce qu'ils appellent des fleurs. Elles n'ont pas même d'odeur.
A SUIVRE.....Conte très long mais si beau ! Bonne lecture !
Bonne journée et gros bisous
rien de tels que des bons légumes .... ici il n'y a vraiment pas gd choses..... je vais me régaler en france !!! tous ces bons fruits miammmm
bonne soirée ma belle
gros bisous mouilleux il repleut