
Bonjour !
Toujours en voyage avec les aborigènes, faisons un petit détour par l'interprétation des plus grands psychanalystes de notre temps, afin de comprendre l'enjeu de ces rites...
Géza ROHEIM parlait des rites comme une fonction essentielle à la formation du surmoi (= la censure). Toutefois, le surmoi des « primitifs » resterait extérieur à l’ego (= soi, la personnalité). Il serait donc collectif, alors que le surmoi des occidentaux se formerait par l’intériorisation de la fonction du père (= la loi). Dans les sociétés traditionnelles, les anciens se déchargeraient alors de leur hostilité sur les jeunes (étant des rivaux sexuels). Par la peur, ils les feraient obéir à la tradition.
Avec « Totem et tabou » marquant le début de l’anthropologie psychanalytique, Sigmund FREUD a affirmé l’universalité du psychisme et de la culture. Les rites d’initiation seraient l’expression de l’hostilité du père envers le fils. La forme « dramatique », que revêtent souvent ces rites de passage, incite inconsciemment l’adolescent à se détacher de sa mère pour lui permettre de prendre conscience qu’il appartient à la société adulte. Dès lors, il a des responsabilités à assumer. Chez les aborigènes, l’initiation ne peut être effectuée que si le jeune accepte les lois et les traditions des anciens. Ceci implique donc une certaine soumission à l’ordre social. Par ailleurs,
« ... il est impossible de ne pas se rendre compte en quelle large mesure l’édifice de la civilisation repose sur le principe du renoncement aux pulsions instinctives, et à quel point elle postule précisément la non-satisfaction (répression, refoulement ou quelques autres mécanismes) de puissants instincts. Ce renoncement culturel régit le vaste domaine des rapports sociaux entre humains. [...] La plupart des civilisations ou des époques culturelles -l’humanité entière peut-être- ne sont-elles pas devenues névrosées sous l’influences des efforts de la civilisation même? »
Sigmund FREUD
L’ordre symbolique circule dans le groupe sous la forme de mythes vivement figuratifs qui doivent être constamment évoqués de la manière la plus sensible. Il faut donc que cet ordre se marque dans la chair de chaque individu, comme un ensemble de signes recoupant les déterminations naturelles et coupant cet individu d’elles.
Telle est donc la fonction première de la peinture corporelle : conjurer la menace de la culture, c’est-à-dire du désordre annihilateur, de la régression psychique, de la réabsorption fusionnelle. Toute culture s’édifie par le refoulement et la sublimation des pulsions. Le refoulé est halluciné, dans les sociétés primitives, à l’intérieur d’un cadre rituel. Il s’ordonne figurativement sur la face visible de la peau.
